Le Tarot que l’on pose sur la table aujourd’hui, avec ses 78 cartes, ses 21 atouts et son Excuse, est l’héritier d’une histoire de près de six siècles. Contrairement à une idée répandue, il n’a pas été conçu pour prédire l’avenir : c’est avant tout un jeu de cartes à plis, né dans les cours de la Renaissance italienne.
Une invention de la Renaissance italienne (vers 1440)
Les premières cartes de tarot documentées apparaissent en Italie du Nord entre 1440 et 1450, dans les villes de Milan, Ferrare, Florence et Bologne. À un jeu de cartes ordinaire, composé de quatre enseignes, on ajoute alors une série de cartes illustrées d’allégories : les trionfi (les « triomphes »), ancêtres de nos atouts. Ces images, la Roue de Fortune, la Mort, le Soleil, la Lune, l’Étoile, empruntent au répertoire symbolique du Moyen Âge finissant et des cortèges triomphaux.
Les plus anciennes cartes qui nous soient parvenues sont les jeux Visconti-Sforza, peints à la main au milieu du XVe siècle pour les ducs de Milan. Véritables objets d’art, rehaussés d’or, ils étaient réservés à une élite fortunée, bien avant que l’imprimerie ne démocratise le jeu.
Du mot « tarocchi » au « tarot »
Au début, on parle de carte da trionfi. Le mot italien tarocchi, et sa forme française tarot, ne sont attestés qu’au début du XVIe siècle. L’origine exacte du terme reste débattue : aucune étymologie ne fait aujourd’hui l’unanimité, ce qui ajoute au mystère entourant ce jeu.
L’arrivée en France et le Tarot de Marseille
Au XVIIe siècle, les premiers tarots français sont d’abord appelés « tarots de Venise ». Fabriqués ensuite à Marseille au XVIIIe siècle, ils prennent le nom sous lequel on les connaît encore : le Tarot de Marseille. Sa gravure sur bois, ses aplats de couleurs franches et sa numérotation des atouts en chiffres romains en font le modèle iconographique le plus diffusé d’Europe.
Le Tarot Nouveau, celui que l’on joue
Le jeu de Tarot pratiqué aujourd’hui en France utilise le plus souvent le Tarot Nouveau, apparu au XIXe siècle. Ses 21 atouts n’illustrent plus des allégories mais des scènes de la vie quotidienne (les saisons, les loisirs, les âges de la vie), tandis que les figures adoptent les enseignes françaises (Pique, Cœur, Carreau, Trèfle). C’est ce jeu, et non le Tarot de Marseille divinatoire, que l’on utilise en partie à trois, quatre ou cinq joueurs.
La divination, une histoire tardive
Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que le tarot prend une seconde vie, ésotérique cette fois. En France, Antoine Court de Gébelin puis le cartomancien Etteilla lui inventent une origine « égyptienne » imaginaire et en font un support de voyance. Cette lecture symbolique, popularisée au XIXe et au XXe siècle, a profondément marqué l’imaginaire, au point de faire oublier que le tarot fut d’abord, et reste, un grand jeu de société.
Le tarot, sport de l’esprit
En 1973, la création de la Fédération Française de Tarot marque un tournant : le jeu se structure, ses règles s’unifient, et des tournois officiels rassemblent des milliers de joueurs licenciés. Le Tarot devient un sport de l’esprit à part entière, avec ses clubs, ses championnats et son système de comptage rigoureux, celui-là même que reproduit notre calculateur de score.
Six siècles en quelques dates
- vers 1440 : apparition des carte da trionfi en Italie du Nord.
- milieu du XVe s. : jeux peints Visconti-Sforza à Milan.
- début du XVIe s. : première mention des mots « tarocchi » et « tarot ».
- XVIIe-XVIIIe s. : diffusion du Tarot de Marseille.
- fin du XVIIIe s. : naissance du tarot divinatoire (Court de Gébelin, Etteilla).
- XIXe s. : le Tarot Nouveau, jeu de société moderne.
- 1973 : création de la Fédération Française de Tarot.